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Le Matin - mardi 25 mars 2003

Recharge artificielle des nappes: Une alternative pour le stockage de l'eau

Les nappes souterraines recueillent les eaux qui s'infiltrent. Cette infiltration représente environ 13% des eaux que reçoivent les continents, soit 15 000 km3. Dans le sous-sol, l'eau imprègne les roches en remplissant les vides. Elle va alimenter les nappes aquifères: couches de terrain perméables, saturées en eau et limitées vers le bas par un terrain imperméable. Les moyens modernes de pompage sont susceptibles d'épuiser rapidement l'eau si les extractions dépassent les débits de recharge naturelle. Le manque de sites favorables à la réalisation des barrages et le fort gaspillage dû à l'évaporation des lacs et l'envasement des grands réservoirs au Maghreb,incitent les experts à trouver une autre alternative. La recharge artificielle des nappes est un moyen efficace d'assurer un stockage souterrain des eaux et d'éviter leur déperdition dans la mer. Elle permet d'équilibrer le bilan des flux et de modifier la qualité de l'eau d'un aquifère en compensant les prélèvements par des apports complémentaires «artificiels». Ces techniques de recharge se sont développées dans les régions humides alors qu'elles devraient se pratiquer dans les régions sèches.
La réalimentation artificielle des nappes permet de conserver les eaux de surface et de les injecter

dans les nappes en vue de leur utilisation ultérieure en fonction des besoins .Par exemple, on injecte un volume d'eau en hiver pour l'utiliser en été. Elle participe à la restauration des nappes surexploitées dont le niveau piézométrique baisse rapidement et dont la salinité augmente sensiblement en fonction du pompage des eaux. Elle permet de stopper l'avancée du biseau salée dans les aquifères côtiers et permet d'obtenir une eau de bonne qualité sans traitement préalable. Malheureusement, cette technique est peu appliquée en Algérie par rapport aux pays voisins,comme la Tunisie et le Maroc. En Tunisie,la réalimentation artificielle des nappes a commencé au début des années 1980 et visait pour l'an 2000 par le stockage souterrain de l'équivalent de 100 millions de mètres cubes en eau en surface dans les aquifères.
Les Tunisiens sont passés même au stade de l'injection des eaux épurées en provenance des stations d'épuration dans les nappes. C'est l'exemple de la station de cap Bon en Tunisie, où environ un million de mètres cubes d'eau épurée en provenance de la station d'épuration de Nabeul ont été injectés dans les nappes durant la période allant de 1986 à 1996. Au Maroc,cette technique

est largement expérimentée depuis plus de 30 ans et les résultats sont excellents.
Environ une dizaine de sites de recharge des nappes fonctionnent actuellement. A titre d'exemple, pour éloigner l'intrusion marine d'eau salée et assurer un volume interannuel pour l'alimentation en eau potable de la ville de Tanger,un volume de 4,3 millions de mètres cubes d'eau a été injecté dans la nappe en 1984. Pusieurs problèmes hydrauliques peuvent être solutionnés si on a recours à la recharge artificielle des nappes. La diminution dangereuse du niveau de la nappe de la Mitidja, suite à la surexploitation de son eau, a même provoqué plusieurs cas d'affaissement des routes dans la région. Le pompage intensif de la nappe a engendré l'intrusion des eaux marines dans les aquifères côtiers de la plaine de oued Nador. Le biseau salé ne cesse de se propager dans la nappe.
Diverses techniques dans ce cas peuvent être utilisées: déviation des cours d'eau et réalisation des obstacles en gabionnage (afin de ralentir l'écoulement et accélérer l'infiltration), construction de retenues collinaires dans des endroits favorables à l'infiltration et la réalisation d'une série de bassins de décantation.

   

Boualem Remini, maître de conférences à l'université de Blida


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